top of page

Le stress post-traumatique au travail : quand le danger s’installe dans la mémoire

  • Photo du rédacteur: Mélanie Dauron
    Mélanie Dauron
  • 12 déc. 2025
  • 2 min de lecture

Quand le travail devient un terrain traumatique


On parle souvent du stress post-traumatique (TSPT) en lien avec des événements exceptionnels : accidents, catastrophes, violences…Mais on oublie parfois que le travail lui-même peut devenir le lieu du trauma, quand l’exposition à la souffrance, au danger ou à la mort devient quotidienne, ou quand une situation extrême vient bouleverser la vie psychique d’un professionnel.

Les métiers de l’urgence, du soin, de la sécurité, de la logistique ou encore du social y sont particulièrement exposés.

Un accident grave, un collègue blessé, un patient perdu, une agression, un effondrement physique ou moral : ces événements ne laissent pas seulement des traces visibles.

Ils marquent la mémoire, le corps, et le rapport au travail.


Ce qui se joue : un corps en alerte, un travail désorganisé


Le TSPT n’est pas seulement une émotion forte qu’on aurait du mal à digérer.

C’est un véritable trouble du lien entre mémoire, corps et activité.


Les personnes touchées parlent souvent de :

  • cauchemars ou reviviscences de l’événement,

  • hypervigilance constante,

  • évitement de certaines situations liées au travail,

  • perte de confiance, isolement, colère, sentiment d’étrangeté.


Au travail, cela se traduit par une désorganisation de l’activité : ce qui était fluide devient difficile, les automatismes se brisent, les gestes se figent.

Le corps, devenu lieu du danger, n’obéit plus tout à fait.


Quand l’organisation ne reconnaît pas la blessure


Le plus souvent, le trauma professionnel ne se limite pas à l’événement lui-même. Il s’enracine dans l’absence de reconnaissance de ce qui s’est passé.

Quand on reprend le travail “comme si de rien n’était”, quand le collectif n’a pas d’espace pour dire, quand la hiérarchie minimise (“il faut tourner la page”, “ça arrive à tout le monde”), alors la blessure s’enkyste.

Le silence devient un deuxième traumatisme.

Ce n’est plus seulement l’événement qui fait mal, mais l’impossibilité d’en parler.


Se reconstruire : du trauma au pouvoir d’agir


La reconstruction ne passe pas par “oublier” ou “surmonter”, mais par retrouver un sens à ce qui s’est passé. Cela demande du temps, de la parole, et souvent un accompagnement psychologique du travail.


Reprendre pied, c’est :

  • pouvoir raconter l’événement dans un cadre sécurisé,

  • comprendre ce que cela a changé dans son rapport au métier,

  • retrouver des gestes et des repères stables dans l’activité,

  • et parfois, redéfinir sa place professionnelle.


Le trauma peut alors devenir un point d’inflexion, un moment où l’on réinvente sa manière de travailler, plus ajustée à soi, plus lucide, plus vivable.


En parler, c’est déjà réparer


Le stress post-traumatique au travail reste un angle mort des politiques de prévention.

Mais reconnaître qu’il existe, c’est déjà une façon de redonner de la dignité à la souffrance vécue.

Il ne s’agit pas de “fragilité”, mais d’une réaction humaine à une situation inhumaine.

Le travail peut blesser, mais il peut aussi, lorsqu’on le pense collectivement, redevenir un lieu de soin et de reconstruction.


Parce qu’on ne se reconstruit pas seul, chaque parole compte.

Et parce qu’il y a un avant et un après, penser le travail, c’est déjà commencer à guérir.

 
 
 

Commentaires


100% digital et féminin

bottom of page